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Air & Space Power Journal

Volume 08 Numéro 1, Printemps 2017

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Éditorial

L’Union européenne, l’avènement de la puissance aérienne américaine, la possibilité et la construction de la paix, la mesure de la sécurité, et la coercition économique

Rémy M. Mauduit
 
Fidèle à sa tradition, Air and Space Power Journal, Afrique et Francophonie (ASPJ-A&F) aborde dans ce numéro divers thèmes pertinents à notre temps et à nos lecteurs dans 185 pays. As usual, this issue of Air and Space Power Journal-Africa and Francophonie addresses diverse topics relevant to our time and its readers in 185 countries. This editorial serves as a guide to introduce the many topics covered in this edition. 


Articles

L'Union européenne comme modèle pour ses voisins Du rêve au cauchemar ?

Geoffrey Harris
 
Dans cet article le professeur Geoffrey Harris part d’un postulat alarmant : l’UE affronte de redoutables défis sapant sa légitimité, son attrait et son pouvoir normatif, alors même que l’instabilité et l’insécurité grondent dans son voisinage. Les difficultés de la zone euro ont en effet créé bien des tensions entre les états membres. En outre, selon Harris, le révisionnisme russe n’a pas suscité de réponse collective durable. Enfin, les révolutions et la guerre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ont ébranlé l’influence de l’Europe et mis en échec sa capacité à gérer avec conviction la grave crise humanitaire qu’elle traverse. Ces défis internes remontent en fait à la signature du traité de Maastricht. Or, depuis son dernier élargissement, l’UE a échoué à pacifier son voisinage. Dans quelle mesure peut-on attribuer ce déclin continu à un manque de leadership ? L’UE devrait-elle renoncer à se poser comme modèle pour les autres états ? Devrait-elle se concentrer sur sa sécurité intérieure et mettre un terme à son ingérence dans les affaires de ses pays voisins ? La décennie qui suivait l’année 1989 était celle d’une Europe attrayante, qui s’est d’ailleurs élargie à plusieurs reprises. Or, la politique de voisinage mise en place sur un socle de valeurs et d’intérêts communs s’est soldée par un revers de fortune. Harris nous amène à nous demander si l’UE ne devrait pas choisir la voie de la consolidation et de l’auto-défense, plutôt que de poursuivre son processus d’intégration.  


La naissance de la puissance aérienne américaine pendant la Première Guerre mondiale

Bert Frandsen, PhD
 
Si les frères Wright ont inventé l’avion, les nations européennes, plongées dans le premier conflit mondial, ont pris de court la suffisance des États-Unis en matière d’aviation militaire. C’est la prémisse sur laquelle s’appuie le docteur Bert Frandsen dans son article. Quand le Congrès vote l’entrée en guerre des États-Unis le 6 avril 1917, l’armée de l’Air américaine ne compte qu’une poignée d’aviateurs de l’Aviation Section of the Army Signal Corps et quelques appareils non armés, qui plus est obsolètes selon les standards européens. Les forces armées des États-Unis ne sont pas encore dotées d’une branche aérienne de combat, tandis que de leur côté, les belligérants européens ont accompli des progrès considérables dans le secteur de l’aviation militaire. Ils disposent même d’appareils spécialisés pour les différentes missions de reconnaissance-observation, de bombardement et de chasse. Comment la Grande Guerre a-t-elle contribué à l’avènement de la force aérienne américaine ? L’impulsion décisive a été donnée par trois architectes fondateurs : Raynal Bolling, Benjamin Foulois et Billy Mitchell. Ces pères de la force aérienne des États-Unis ont fait de l’aviation une arme à part entière, aux côtés des autres branches de l’armée de terre. Portés par l’enthousiasme du public pour la puissance aérienne, ils ont mis au point les plans de mobilisation permettant de former les recrues des futures escadrilles, fait construire les aéronefs et appris l’art opérationnel sous l’angle du pilote. Enfin, ils ont insufflé une vision qui a donné à la nouvelle armée de l’Air indépendante ses lettres de noblesse et l’a érigée en première puissance aérienne militaire du monde.  


La possibilité et la construction de la paix pour les vies précaires L'impact de l’art, de la culture et de la communauté

Ruthann K. Johansen, PhD
 
L’omniprésence de la force létale dans les différentes formes de conflits du vingt-et-unième siècle, dans les attaques terroristes et dans les déplacements de peuples fuyant la violence placent la construction de la paix au cœur des préoccupations, tant dans la sphère civile que militaire. La philosophie de l’art délivre une analyse des conditions qui créent la violence et l’installe dans le rôle d’arbitre incontesté des conflits. C’est du moins ce qu’avance le professeur Ruthann Johansen dans cet article. Dans la philosophie de l’art, le concept de possibilité permet d’offrir des voies ou des choix insoupçonnés en suggérant d’aborder le monde et l’Autre sous un angle philosophique et éthique différent. En cela, l’espace de possibilité est riche de promesses pour les architectes de la paix œuvrant dans notre monde de précarité. Les disciplines connexes des études et de la recherche sur la paix nous enseignent à appréhender les effets de la violence extrême faite aux êtres humains et aux communautés. Ainsi, la remise en question des méthodes académiques de critique littéraire ou historique permet d’explorer les valeurs culturelles et éthiques et d’envisager, sous un nouveau jour, les conditions de notre vie et de notre culture toujours plus mondialisée. L’examen attentif des événements survenus en Irak depuis 2003 révèle que les échecs rencontrés à la suite du renversement de Saddam Hussein, comme dans les autres conflits, s’expliquent par l’incapacité à ouvrir cet espace de possibilité et à réunir les conditions nécessaires pour y accéder : l’imagination, la mémoire, le deuil, la beauté et l’abandon de la critique académique et de la lutte politique au profit d’une exploration collaborative des préoccupations communes. En travaillant à développer ces capacités, l’on peut accéder à l’espace transformationnel adjacent masqué par les conflits, sources de précarité. Ainsi, de nouvelles voies possibles, inexploitées par les experts politiques et militaires, s’ouvrent à l’instauration de la paix. 


Mesurer la sécurité Comprendre la capacité étatique dans les pays producteurs de pétrole

Joseph L. Derdzinski, PhD, Jackson Porreca
 
Le docteur Joseph Derdzinski et Jackson Porreca envisagent la capacité de l’état comme un indicateur de sa résilience aux pressions extérieures dans cet article. Ces dernières années, l’intérêt des investisseurs étrangers pour le continent africain, et plus précisément pour les richesses de son sous-sol, n’a cessé de croître. Dans un tel contexte, la capacité d’un état à résister ou, à l’inverse, sa tendance à céder aux menaces exogènes est un facteur fondamental. En effet, les puissances mondiales comme la Chine et les États-Unis déploient toute une stratégie en vue de s’assurer un accès durable au territoire. L’Empire du Milieu en particulier a tout intérêt à faire fléchir les états faibles pour répondre aux besoins de sa croissance économique soutenue. Les ressources énergétiques dont recèlent certains pays sont alors convoitées par des groupes s’appliquant à perturber la gestion étatique et à déstabiliser les marchés mondiaux pour créer la confusion au sein de l’état ciblé. En partant du seul indice de la capacité d’un état à assurer sa sécurité, à savoir le taux d’homicides, les auteurs examinent la question du maintien de l’ordre et des expériences du quotidien au Nigeria et en Côte d’Ivoire. Pour conclure, l’article analyse notamment les relations entre la production pétrolière et la capacité de l’état dans le « grand jeu » du vingt-et-unième siècle.  


Coercition économique et redistribution du pouvoir en temps de guerre?

Rosella Cappella Zielinski, PhD
 
La guerre redistribue le pouvoir entre les états. Dans un conflit hégémonique, l’attention est davantage portée sur l’évolution de la puissance relative des perdants, au mépris de certains jeux d’influence qui se trament au sein même des alliances victorieuses. Dans cet article le professeur Rosella Cappella explique que cette redistribution des cartes n’est pas synonyme de destruction des forces militaires de l’allié, mais implique le recours à la coercition économique. Quand un belligérant n’est pas en mesure de financer les importations nécessaires à son effort de guerre, il doit alors solliciter un prêt à un allié. Le prêteur peut ensuite brandir cette aide pour lui arracher des concessions. C’est ainsi que les jeux de pouvoir entre états se redéfinissent. La coercition a toutefois ses limites, car elle s’exerce dans la mesure où elle ne dégrade pas les capacités de combat de l’allié. L’auteur illustre ses propos par des exemples similaires et radicalement opposés, et compare les États-Unis en créancier du Royaume-Uni et de l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Le professeur Cappella constate alors qu’une dimension de la théorie de la transition des pouvoirs est ignorée. Un état peut en effet remettre en question le statu quo sans crier gare. Mais il peut aussi redéfinir l’ordre international tant en exploitant les règles du jeu ou qu’en engageant les hostilités.


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